Youle Compagnie : des financements Culture à l’hôpital de la Drac et la Mairie de Rouen

Samedi, Juillet 12, 2014 - 01:15

Entre son talent de conteur et de comédien, exprimé dans différentes scènes d’Afrique, d’Europe et d’Amérique, et ses aptitudes à fabriquer et à manipuler des marionnettes issues des traditions africaines, vietnamiennes, chinoises et birmanes, le Congolais Ulrich Ntoyo, installé en France depuis 2007, mène un parcours brillant d’artiste polyvalent. Sa structure artistique, la Youle Compagnie, recevra la saison prochaine, des subventions Culture à l’hôpital de la direction régionale des Affaires culturelles de la ville de Rouen, en Normandie (France)

La Youle Compagnie s’investit dans les milieux hospitaliers. « Je leur donne le verbe », tranche l’artiste pour nous renseigner sur ses activités artistiques dans les hôpitaux. « La parole est une vraie thérapie », poursuit-il. Cofondée avec Naïma El Qadery, une assistante sociale, la Youle Compagnie, créée en 2008, est une structure chargée de la diffusion, la création et la production de spectacles. Elle collabore avec différents centres de formation des jeunes. Depuis 2003, à chaque fête nationale de Jeanne-d’Arc  à Rouen, Ulrich Ntoyo fabrique une marionnette géante. Plus de sept mètres de hauteur.  

Une occupation de circonstance devenue passion

La tristesse de sa mère qui vient de perdre son fils aîné émeut le frère cadet Ulrich, qui finit par chercher une « occupation » pour se soustraire au regard éploré de sa mère. Il s’intéresse d’abord aux arts martiaux japonais, karaté et aïkido, avant de s’ouvrir à la scène théâtrale dans la compagnie Les Grands Amis du Seigneur, une troupe de la paroisse André-Kaggwa du quartier Mbota, à Pointe-Noire. Ulrich Ntoyo fait ses premières armes de comédien auprès des anciens de la troupe, dont Roch-Amédet Banzouzi. Celui-ci, au retour d’une tournée européenne, rapporte  dans sa valise une paire de santiags, ce qui impressionne vivement Ulrich. « Mon grand rêve était d’avoir une paire de santiags », souligne l’artiste. Mais le rêve ne suffit pas. Il faut en payer le prix. « Le prix à payer était de professionnaliser mon  théâtre », poursuit-il. Pour ce faire, Ulrich Ntoyo a profité de l’expérience du comédien Roch Baloukou. Ce dernier lui inculque l’amour de grands auteurs classiques et contemporains, comme Stendhal et Tchicaya U Tam’si.  À la fin des années 1980, Ulrich Ntoyo est aligné sur scène dans le spectacle Le Faux Malade. Une salve d’applaudissements couronne cette pièce. Entre 1999 et 2000, Ulrich Ntoyo, qui mène de front une carrière de comédien et des études  scientifiques, obtient son baccalauréat. Il quitte alors Pointe-Noire pour Brazzaville, l’unique ville du Congo pourvue d'une université où il s’inscrit en sciences économiques. À Brazzaville, Ulrich Ntoyo s’associe à la troupe de théâtre Nguiri-Nguiri dirigée par l’acteur et dramaturge Julien Mabiala-Bissila et joue dans différents spectacles. Au sortir de la guerre civile de 1999, le public congolais, pour « congédier la psychose de la guerre », selon les mots d'Ulrich, ne manque aucun spectacle de théâtre  produit par les compagnies. En 2003, à la suite d’un appel de stage de conte par Abdon Fortuné Koumbha, Ulrich Ntoyo va s’initier au conte.  Avec son ami Dorient Kaly, il crée la compagnie Conte Duo pour « être représentatif sur la marché de la scène du conte », note-t-il. Tant mieux, car la compagnie Conte Duo obtient un contrat d’animation d'ateliers de conte auprès des élèves des écoles Javouhey et Madame-Adada, à Brazzaville. Plus de 2 000 élèves. Grâce à une touriste française venue à Brazzaville, la compagnie Conte Duo s’ouvre en 2008 à la Normandie, en France, pour des animations d'ateliers avec des élèves.  Pour Ulrich Ntoyo, amoureux de la poésie, Rouen  est la ville jumelle de  Pointe-Noire : « Ici, nous avons Pierre Corneille, et là-bas, Tchicaya U Tam’si. »

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